Francis Tremblay [il/lui]
Francis Tremblay [il/lui-he/him]

Doctorat en littérature, option théorie et épistémologie de la littérature
Direction : Barbara Agnese
Titre de la thèse : Du mythe du génie au règne de la créativité. L’Héritage de la Religion du génie (1918) d’Edgar Zilsel
Contact : francis.tremblay.5@umontreal.ca
Résumé de la thèse
Ma thèse porte sur le mythe du génie en tant que concept et figure littéraire et sociale. Il s’agit d’une thématique qui est aujourd’hui presque un tabou; l’usage du terme représente souvent un faux pas en raison de ses composantes irrationnelles, élitistes, antidémocratiques et masculines. Pourtant, la figure du génie et ses diverses déclinaisons (l’enthousiasme, la créativité, l’individualité, l’excellence) sont légion dans les productions culturelles contemporaines, la critique littéraire, les biographies, livresques comme filmiques, les « creative industries », les médias de masse et la culture de la célébrité, et la littérature psychologique de « self-help » qui misent sur l’individualité créatrice, d’une manière souvent généralisée et souterraine. Je retrace dans un premier temps l’histoire de la thèse de la « mort du génie » (D. McMahon) à partir du milieu du XXe siècle, puis entreprend de l’expliquer et d’en faire la critique. J’analyse ensuite l’œuvre du philosophe autrichien Edgar Zilsel, Die Geniereligion (1918), et montre en quoi elle représente, malgré sa critique féroce du génie, autant une étape dans la transformation du concept de génie vers la créativité qu’un exemple des ambiguïtés qui tendent à affecter tout discours sur le génie. Dans un troisième temps, en me basant sur l’analyse d’Andreas Reckwitz du « dispositif de la créativité » (Die Erfindung der Kreativität, 2012), comment et pourquoi une rhétorique de la créativité semble avoir supplanté celui sur le génie au sein des champs artistiques, médiatiques, économiques et psychologiques. Il s’agit donc d’une thèse en histoire des idées, qui ambitionne également de réfléchir synchroniquement aux conditions de possibilité d’une géniologie critique.
Thesis Abstract
My thesis deals with the myth of creative genius as a literary and social concept and figure. Eliciting many an elitist and eugenic fantasy, the topic has become the object of taboo and has been vastly discredited by XXth century poststructuralist and feminist literary theory and philosophy. Yet, the figure of genius and its various incarnations (enthusiasm, creativity, individuality, excellence) abound in contemporary cultural productions, literary criticism, biographies (both book and film), the “creative industries”, mass media and celebrity culture, and the psychological literature of self-help. I begin by tracing the history of the thesis of the “death of genius” (D. McMahon) from the mid-20th century onwards from three angles, then go on to explain and critique a general academic unease with the myth of genius. I then analyze the work of Austrian philosopher Edgar Zilsel, Die Geniereligion (1918), and show how, despite its fierce criticism of genius, it represents both a step in the transformation of the concept of genius towards creativity and an example of the ambiguities that tend to affect discourses on genius. Thirdly, based on Andreas Reckwitz's analysis of the “creativity device” (Die Erfindung der Kreativität, 2012), I examine how and why a rhetoric of creativity seems to have supplanted that of genius in the artistic, media, economic, and psychological fields. This is therefore a thesis in the history of ideas, which also aims to reflect synchronically on the conditions of possibility for a critical geniology.